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Carnet de tournoi · · 38 min · Par Alexandre Iwanesko

Open de Badalona 2026 : mon carnet de tournoi (50e édition)

Récit du 50e Open international « Ciutat de Badalona » (Espagne) du 2 au 10 août 2026 — 9 rondes, adversaires internationaux et leçons ronde par ronde.

En une phrase : enchaînement direct après Pontevedra — 9 rondes en 9 jours à Badalona, un plateau très international (Espagne, Inde, Ukraine) et une dernière ronde que je n'ai pas pu jouer.

Le contexte : 50e Open international « Ciutat de Badalona »

Du 2 au 10 août 2026, la ville de Badalona (Catalogne, Espagne) accueille la 50e édition de son Open international d'échecs, au Centre Cívic La Salut. Un tournoi historique qui fête son demi-siècle avec plus de 200 joueurs répartis en deux groupes selon l'Elo — je joue le Groupe A (réservé aux 1950 FIDE et plus).

Format : 9 rondes au système suisse, à raison d'une ronde par jour pendant neuf jours consécutifs — pas de journée double, pas de jour de repos. Cadence : 90 minutes pour toute la partie + 30 secondes d'incrément par coup. Coup d'envoi à 17h00 chaque jour (16h30 pour l'ultime ronde).

J'arrive à Badalona juste après Pontevedra, avec un objectif simple : jouer solide, engranger des points contre les joueurs à ma portée et ne rien lâcher face aux titrés. Petit détail qui a son importance — je savais dès le départ que je devrais repartir travailler avant la dernière ronde.

L'arrivée. Barcelone m'accueille avec une chaleur à crever. L'hôtel est à trente bonnes minutes de voiture de la salle de jeu — de quoi transformer chaque aller-retour en petite expédition sous le soleil catalan. Heureusement, la salle du tournoi, elle, est climatisée : une fois assis devant l'échiquier, on oublie la fournaise du dehors. J'arrive motivé, mais un peu entamé par le voyage et la fatigue.

Bonne nouvelle pour le moral : je retrouve mon compatriote et ami Nathan Berthelot. On se connaît depuis plus de vingt ans, et c'est le genre de présence qui met tout de suite à l'aise. Il placera d'ailleurs pas mal de mes préparations au fil du tournoi — mais ça, j'y reviendrai au bon moment. Petit spoiler : lui aussi va réaliser un excellent tournoi.


Ronde 1 — La mise en jambe, avec un roi qui prend l'air

Date : Dimanche 2 août 2026 · Noirs contre Navarro Perez, Pere (Espagne, 1963) · Victoire

Première ronde, et toujours ce petit pincement au moment de s'asseoir. En face, un vétéran espagnol — le genre de joueur qui a vu passer trois générations de théorie et que plus rien n'impressionne. Peu importe : avec les Noirs, je sors ma Kan fétiche. Cette Sicilienne, je la joue depuis toujours ; c'est un peu ma paire de chaussons — même les jambes lourdes après le voyage, je sais exactement où poser les pieds.

Il évite soigneusement les grands schémas théoriques et pose un setup tranquille, d3 et g3, façon anglaise à couleurs inversées. Pas de duel de variantes apprises par cœur : on va devoir jouer aux échecs pour de vrai.

Je passe donc mon premier long moment de réflexion à peser deux façons d'aborder la position : rester tranquille et laisser venir, ou aller chercher le centre tout de suite. Je choisis la version gourmande — décidée sur l'échiquier, pas dans mes livres : je rends la paire de fous pour le centre. …Fxf3, …e5, …d5, et mon cavalier vient planter son drapeau en d5. Objectivement, je suis sans doute un poil moins bien — la paire de fous, ça se paie toujours, mais plus tard, quand on a oublié pourquoi. En attendant, la position est très jouable et j'ai un plan clair. Ça me suffit amplement.

Ronde 1 — setup ambitieux : paire de fous rendue pour le centre, cavalier en d5

Le centre contre la paire de fous — un peu moins bien sur le papier, mais parfaitement jouable.

Mon adversaire, lui, décide que mon roi a l'air un peu trop tranquille. Il pousse ses pions — h4, h5, hxg6 — pour aérer mon roque. Trois coups, et mon abri ressemble à un chantier : colonne h grande ouverte, pion g6 en équilibre, roi qui prend l'air qu'il n'avait pas demandé. De quoi faire transpirer n'importe qui. J'attends surtout qu'il aille jusqu'au bout.

Ronde 1 — les Blancs ont poussé h4-h5-hxg6, les Noirs vont répondre f4

Il pousse hxg6 sur mon roi… et c'est justement le moment de contre-attaquer.

Et je pose enfin le coup que je gardais au chaud depuis dix coups :

…f4 !

Celui-là, je m'accorde une petite tape sur l'épaule. C'est lui qui poussait ses pions vers mon roi ; je lui rends la pareille et j'ouvre les lignes vers le sien. Pas besoin de calculer un mat : à chaque coup, une pièce noire de plus vient s'inviter devant son roque, et il passe le reste de la partie à parer celle du coup d'avant. À ce stade, j'ai arrêté de regarder ma pendule.

Quelques coups plus tard, toute la petite troupe noire est braquée sur le roi blanc : la dame en h3, la tour en f4, le fou en g7, un cavalier qui piaffe. En face, plus rien ne répond ; il tente de colmater comme il peut avec 25.Cf1.

Ronde 1 — position d'attaque : dame en h3, tour en f4, tout est braqué sur le roi blanc

Tout est en place — les Blancs jouent 25.Cf1, mais rien ne tient plus.

S'ensuit une séquence tactique où tout s'enchaîne, et la partie se conclut par un joli mat :

25.Cf1 Tg4+ 26.Cg3 Txg3+ ! 27.fxg3 Tf1#

Le sacrifice de tour …Txg3+ ! fait sauter le dernier rempart : le pion f2 est détourné, la colonne f s'ouvre en grand, et pendant ce temps ma dame en h3 tient g2 et h2 sous clé. La tour se pose en f1 — mat. Le détail qui me fait sourire : la tour blanche en a1, qui n'aura pas bougé une seule fois de la partie, assiste à toute la scène sans pouvoir reprendre, bloquée par son propre fou en c1. Elle aura tout raté, y compris la fin.

Ronde 1 — la position finale de mat après Tf1#

27…Tf1# — le roi blanc est pris dans ses propres meubles.

Leçon : la mise en jambe parfaite. Un point dans la poche dès la première ronde, contre un joueur d'expérience, avec mon ouverture fétiche et une attaque menée de bout en bout. Difficile de rêver meilleur départ dans un tournoi de neuf rondes — surtout quand on débarque fatigué et pas franchement sûr de ses sensations. Comme quoi, dans le doute, mieux vaut enfiler les chaussons qu'on connaît.


Ronde 2 — L'acteur ukrainien et le pion trop gourmand

Date : Lundi 3 août 2026 · Blancs contre Tripulskiy, Mark (Ukraine, 1792) · Victoire

Petit rituel d'avant-ronde : je cherche mon adversaire sur internet. Fun fact — je tombe sur sa fiche IMDb avant sa fiche ChessBase. Le garçon a tourné dans deux films. C'est bien la première fois que ma prépa d'avant-ronde ressemble à une fiche de casting. Assez rare pour être noté.

En face, donc, un jeune Ukrainien avec de vrais yeux de tueur — le regard concentré, déterminé, qui ne cille pas. Et honnêtement, voir autant de détermination chez un jeune joueur, je trouve ça plutôt cool. Côté forme, tout va bien : ronde de 17h, je suis reposé et d'attaque.

Je n'avais pas beaucoup d'informations sur son répertoire, alors je décide de jouer solide : 1.d4. On arrive dans une structure d'Est-Indienne / Benoni, terrain que je connais bien.

Ronde 2 — structure Benoni, les Blancs sont très confiants

Je me sens déjà très bien ici — et l'ordinateur me donnera raison.

Je me sens confiant. Pour être tout à fait honnête, je me sens même TRÈS malin — vous savez, cet état un peu dangereux où l'on est convaincu d'avoir tout compris à la position. L'ordinateur me donnera raison sur l'avantage… et tort sur le reste. Je me lance dans un plan très ambitieux, g4!?, histoire d'enfermer ses pièces et, si tout va bien, de leur retirer jusqu'à l'air qu'elles respirent.

Et ça marche. Je grignote des cases, je pèse sur chacune de ses pièces, et à deux ou trois reprises je menace même de plier l'affaire sur-le-champ. Il finit par lâcher son fou de cases noires contre mon cavalier — le genre de concession qu'on ne signe jamais le sourire aux lèvres.

Ronde 2 — le précis Db1, jouant sur le manque de cases de la dame noire

Db1 — discret, mais venimeux : la dame noire manque cruellement de cases.

Ici, je trouve le très précis Db1, avec une idée simple et parfaitement désagréable pour lui : jouer sur le manque de cases de sa dame. Une pièce de plus à qui je coupe l'oxygène ; il commence à en avoir un joli paquet. Tout va bien… jusqu'à ce que je me laisse tenter par le trop ambitieux a4.

Ronde 2 — le trop ambitieux a4

a4 — ambitieux, un peu trop : ça devient très chaud pour tout le monde.

D'un coup, fini le calme plat : ça devient très chaud pour tout le monde, et chaque coup se calcule au cordeau. Je compte, je recompte, je cherche une échappatoire dans tous les sens — et j'arrive toujours à la même conclusion : je vais perdre mon pion a4. Mais je ne le perds pas pour rien. Le temps que son cavalier parte le chercher au bout du monde en a4, je remets tranquillement toutes mes pièces à l'endroit.

Ronde 2 — pièces replacées, sur le point de jouer Ff3

Il a le pion a4 ; moi j'ai un fou en d4, un cavalier en d2 et un plan. Le change est très avantageux.

Je finis de replacer mes pièces avec Ff3 !… et il craque avec e5??. Une décision qui ouvre exactement les lignes dont je rêvais.

S'ensuivent quelques petits échanges, et il faut alors trouver la rupture précise :

e5 !!

Ronde 2 — la rupture précise e5

e5 !! — la rupture qui fait s'effondrer la maison noire.

Après ça, toutes les pièces noires sont d'un coup misérables : un cavalier en exil en a4, une tour spectatrice en a6, un fou et un roi qui se cherchent une contenance. Il ne me reste plus qu'à améliorer les miennes et à venir cueillir les pions un par un : Fg4, Cf3, Ch4.

Ronde 2 — pièces noires horribles, les Blancs vont ramasser les pions

Toutes les pièces noires sont mauvaises en même temps — les pions vont tomber comme des mouches.

Les pions noirs tombent alors comme des fruits mûrs, et le reste n'est plus qu'une formalité technique.

Petite note sympa de cette journée : mon ami Nathan Berthelot (1950 Elo) place une préparation dans l'Italienne, avec une petite idée bien vicieuse, contre une jeune Indienne classée 2150 — et ça passe tout droit, exactement comme à la maison. Une très belle perf pour lui. Le tournoi commence bien pour la délégation française.

Leçon : contre un jeune joueur plus faible mais mordant, la solidité et un plan clair valent de l'or — à condition de canaliser l'ambition. Mon a4 était un poil trop gourmand ; ce qui a sauvé la position, ce n'est pas l'intuition mais le calcul précis au moment chaud. Se sentir « très malin », c'est agréable — mais l'échiquier, lui, redemande la preuve à chaque coup.


Ronde 3 — L'embouteillage, l'O'Kelly et l'ambition de trop

Date : Mardi 4 août 2026 · Noirs contre MI Utsab Chatterjee (Inde, 2353) · Défaite

La journée démarre mal. Embouteillages et j'arrive à l'échiquier avec 20 minutes de retard — la pendule a commencé à manger mon temps sans même m'attendre. Parfait pour s'asseoir détendu en face d'un MI à 2353. Je rentre vite dans la partie, mais concéder d'entrée un tel handicap, ça laisse des traces.

Face à lui, je sors une O'Kelly — un essai, histoire de le sortir des sentiers battus et de décrocher un petit avantage théorique dès l'ouverture.

Ronde 3 — position rare : les Blancs vont gagner un pion et gardent la paire de fous, mais c'est égal

À moi de jouer : je prends le temps de retrouver la bonne idée, Cf6 !

Ici, je réfléchis un moment pour retrouver le bon plan — et je finis par tomber sur la séquence juste : …Cf6 ! Fxb7 Ta7 Fe4 Td7 !. Rien de sorcier : c'est de la préparation qui remonte, pas une trouvaille. Ce qui est plus rare, en revanche, c'est le type de position qui en découle : les Blancs ont un pion de plus et la paire de fous dans une position ouverte… et pourtant, c'est égal. Toute la compensation tient dans l'activité des pièces noires.

Sauf que je vais m'appliquer à jouer cette position parfaitement égale comme si j'avais un gain à convertir — beaucoup trop dynamique. Le curseur se dérègle : une position aussi bancale désoriente. Quand on tient l'équilibre avec de l'activité pure, face à un pion de moins et à la paire de fous, on a du mal à croire que « tenir » suffise. On se dit qu'il faut forcément en tirer quelque chose. Erreur d'évaluation, pas de calcul — le genre qui ne se voit jamais sur le moment.

Ronde 3 — il fallait stabiliser avec Dc8, les Noirs partent pour Fc5

Ici, il fallait poser le jeu avec Dc8. Au lieu de ça… Fc5.

Il fallait poser les valises avec le calme …Dc8, garder la main et laisser mon activité travailler pour moi. Au lieu de ça, je fonce sur le très ambitieux …Fc5, avec une vraie idée derrière : planter le fou sur la diagonale a7-g1 et venir cogner sur f2 et g1, là où son roi n'a personne pour répondre. Petit hic : en face, il joue très, très bien. À chaque coup que je pose, il a déjà la réponse — pas une parade laborieuse trouvée à la pendule, la bonne, celle qui range ma menace dans un tiroir et referme le tiroir.

Ronde 3 — le choix entre Cb5 défensif et l'all-in Cf3

Dernière bifurcation : Cb5 et je souffre mais je défends… ou l'all-in Cf3.

Et voilà la position où tout se joue — que je rate en beauté. Je laisse filer …Cb5, qui m'offrait une position inférieure mais défendable, pour foncer tête baissée dans un all-in avec …Cf3. Sur le moment, ce sacrifice me semblait bien plus dur à gérer pour lui qu'il ne l'était vraiment. Encore une évaluation bâclée — et cette fois je sais où elle a été bâclée : les vingt minutes laissées dans les embouteillages, je les paie exactement ici, au coup où il aurait fallu s'asseoir et compter.

Ronde 3 — les Noirs espèrent du jeu, les Blancs jouent très pratique

J'espérais un peu de jeu… lui déroule, calmement, très pratique.

J'espérais gratter un peu de contre-jeu sur la colonne d — doubler dessus, peser sur son centre et l'obliger à s'occuper de moi. Lui joue avec un sang-froid désespérant : pas un frisson, pas une complication inutile, il rend ce qu'il faut et garde le volant bien en main. L'école indienne dans toute sa splendeur — ça calcule comme ça respire. Et pour un joueur aussi porté sur le jeu actif que moi, il n'y a rien de plus frustrant qu'un adversaire qui refuse poliment le désordre.

À vrai dire, ça fait un bon moment que je sais que je suis foutu. Il a tout simplement mieux joué — rien à redire.

Ronde 3 — la position finale : Dg5 est réfuté par Df4, les Noirs abandonnent

Dernier baroud : …Dg5. Il répond Df4, et je pose les armes.

Je tente un dernier …Dg5, il répond froidement Df4, et j'abandonne.

Leçon : j'avais réussi le plus dur — égaliser contre le plus fort adversaire du tournoi, dans une position pourtant théoriquement favorable aux Blancs. Et je l'ai gâchée en sur-jouant, avec deux mauvaises évaluations d'affilée : …Fc5 au lieu de …Dc8, puis l'all-in …Cf3 qui me paraissait plus effrayant qu'il ne l'était. Contre un joueur qui calcule aussi proprement, il faut savoir accepter l'égalité quand on l'a méritée — l'attaque à tout prix, ici, ne faisait que lui offrir des cibles.


Ronde 4 — 4h30, et la lucidité qui plie bagage

Date : Mercredi 5 août 2026 · Blancs contre Tiwari, Shivansh (Inde, 2039) · Défaite

En face, un Indien de 23 ans classé 2000. Sur le papier, rien qui doive m'empêcher de dormir. Il joue Gurgenidze ou Caro-Kann. En le préparant, je repère qu'il patauge un peu dans la variante d'avance avec dxc5 et a3 — je prépare donc pile ça, tout content de mon traquenard.

Manque de bol, il flaire le piège et dévie par 4…Cc6. Je sais que le critique 5.f4 est un vrai nid à surprises, alors je préfère jouer simple avec Fb5. On débouche sur une sorte de française d'avance.

Ronde 4 — une sorte de française d'avance

Structure de française d'avance — et un choix tendu qui se profile pour les Noirs.

Je ne suis pas très serein à l'idée du très tendu …f6 ! : après exf6 Dxf6 Fg5 Dxb2 Fxg6 hxg6 a4 !, ça devient un vrai coupe-gorge. Mais il préfère le tranquille …Fd7. Ouf.

Voyant qu'il n'est pas très à l'aise, je choisis d'abuser un peu.

Ronde 4 — le provocateur Fc5

Fc5 — presque certain qu'il ne sacrifiera jamais la qualité.

Je pose Fc5, à peu près sûr qu'il n'aura jamais le cran de sacrifier la qualité. Bingo : il rentre la tour en …Te8, je replie le fou en Fd4, et je me frotte les mains. La position me plaît beaucoup.

Ronde 4 — je songe à Cg5 mais pars sur De2

Ici je pense à Cg5, mais rien de clair après …Fd8 Dh5 Fxg5 Dxg5 Cb4.

Ici, je pense partir sur Cg5, mais je ne vois rien de clair après …Fd8 Dh5 Fxg5 Dxg5 Cb4. Je choisis donc De2. Suivent …Dd8 Tad1 Cb4 ?.

Ronde 4 — après Cb4?, je place Fxg6 puis Cc5

…Cb4 ? — et je déroule Fxg6, c3, Cc5 : toutes les bonnes pièces sont pour moi.

J'enchaîne alors Fxg6 fxg6 ?! c3 Ca6 Cc5 !. Le cavalier débarque en c5 et s'y échange aussitôt — et je me retrouve pile là où je rêvais d'être : mon cavalier contre le très mauvais fou de la française, ce fou de cases blanches condamné à contempler ses propres pions d5 et e6 sans jamais réussir à les contourner. Les Noirs ont beau empiler leurs pièces sur la colonne c, il ne leur reste plus qu'à défendre. Exactement la position que j'espérais en préparant la partie.

Ronde 4 — cavalier contre le mauvais fou de la française, les Noirs massés sur la colonne c

Mon cavalier contre le fou français, prisonnier de ses propres pions : exactement la structure dont je rêvais.

Sauf que — vous commencez à me connaître — je vais encore en vouloir trop. Il aurait fallu jouer sobre, Tcd1 ou h3, désamorcer les ennuis avant même qu'ils existent. Mais j'ai envie de le mater, ce garçon : la tour glisse en f3, la dame vient en f4, et on verra bien ce qu'il trouve. Alors je joue Te3 ?!, qui lui tend sur un plateau un plan de liquidation tout simple.

Ronde 4 — il fallait tenir avec Td3, je pars sur Cb3

Ici il fallait « hold » avec Td3 pour tout défendre. Je pars sur Cb3…

Rebelote. J'aurais dû tenir la baraque avec Td3, qui défend tout sans se poser de questions. Au lieu de ça, je pars sur Cb3, avec l'idée Cc1-Cd3 pour tout consolider. L'idée n'est pas mauvaise… juste beaucoup trop lente.

Ronde 4 — il en veut trop avec Da2

…Da2 — il en veut trop. Je prends le pion, il joue Da7 pour taper sur f2.

Heureusement pour moi, lui aussi finit par en vouloir trop : …Da2. Je rafle le pion, il revient en …Da7 pour cogner sur f2. Les coups se mettent à pleuvoir — on est tous les deux en plein zeitnot.

On arrive dans une position où j'ai l'impression d'être complètement gagnant : sur …Dxe5, je réponds Cg3 et tout tient. Mais je ne vois pas comment conclure après le défensif …Tc8… et c'est la catastrophe.

Ronde 4 — l'effondrement final, De3? puis b4

Mes tours sur la 7e crient « joue-moi bien »… je joue De3 ?, et tout s'écroule.

Je m'effondre. Je joue De3 ?. Par chance, il ne trouve pas le décisif …Te1 ! — mais il choisit quand même le fort …Tf1 !. Je pars sur b4 en ratant complètement que …Da1 Cg1 d4 ! gagne la partie. J'aurais dû répondre à …Da1 par Tc1 : la tour redescend éteindre l'incendie sur la première rangée, pendant que sa jumelle reste plantée en a7. Une position pas claire, mais que je trouve TRÈS jouable pour les Blancs — une tour qui défend, une tour sur la septième, et son roi qui n'est pas mieux loti que le mien.

Leçon : une défaite amère. Mon adversaire n'était pas très bon stratégiquement, mais il calculait très bien — et surtout, j'ai clairement perdu ma lucidité entre la 3ᵉ heure et demie et la 4ᵉ heure et demie de jeu. À trois reprises (Te3 ?!, Cb3 au lieu de Td3, puis l'effondrement final), j'ai préféré l'ambition à la solidité. Contre un bon tacticien, dans une partie de 4h30, ce n'est pas le talent qui manque — c'est le carburant. Encore et toujours l'endurance.


Ronde 5 — Le cavalier qui prenait des vacances en a3

Date : Jeudi 6 août 2026 · Noirs contre CM Fernandez-Diaz Mascort, Miquel (Espagne, 1983) · Victoire

Deux défaites de suite, et cette petite voix qui s'installe : il faut stopper l'hémorragie. On ne joue plus tout à fait libéré dans ces moments-là — chaque coup traîne un arrière-goût de « surtout, ne pas rechuter ».

En face, un vieux monsieur espagnol, CM, dont je ne sais strictement rien. Il déroule une anglaise TRÈS solide, du genre qui ne promet aucune bagarre mais aucun cadeau non plus. Le terrain parfait pour quelqu'un qui, ce jour-là, veut surtout ne pas reperdre.

Sauf qu'au fil des coups, je m'aperçois que je respire plutôt bien.

Ronde 5 — anglaise à double fianchetto, les Noirs sont confortables

Trait aux Blancs — et pour une fois, c'est moi qui n'ai plus aucun problème à régler.

Avec les Noirs, je me sens même un poil mieux : une position facile à jouer, pas la moindre question à résoudre. Exactement ce qu'il me fallait pour recommencer à respirer.

Et puis il joue Cba3.

Ronde 5 — Cba3, le cavalier va sur la mauvaise case

Cba3 — ce cavalier ne sert absolument à rien en a3. Merci du cadeau.

Ce cavalier ne va tout simplement pas sur la bonne case ; planté en a3, il ne sert strictement à rien. Le genre de coup qui ne perd pas la partie sur l'instant, mais qui rend d'un coup la position nettement plus agréable à jouer… pour moi.

Je regarde, je recompte, et je finis par voir …b5 !.

Ronde 5 — les Noirs trouvent b5, calculé jusqu'au bout

…b5 ! — et 20 minutes plantées sur la pendule, juste pour en être sûr.

Cette fois, je ne me précipite pas. Je pose 20 minutes sur la pendule, uniquement pour être absolument certain que le coup qui gagne gagne pour de vrai. Je déroule toute la ligne dans ma tête, case après case :

…b5 ! Ca5 Dc5 Rh1 Txd2 Dxd2 Cxa5 Dxe3 Dxb5

…et au bout du tunnel, la pointe que je cherchais : …Ce4 !.

Ronde 5 — la pointe Ce4 qui met fin à la partie

…Ce4 ! — la pointe. Une fois qu'on la voit, elle crève les yeux.

Petit frisson d'excitation quand elle apparaît. Je revérifie vite — honnêtement, une fois qu'on la voit, elle est assez évidente — et je pose la main dessus. La partie est finie, et moi, tout simplement content. On oublie vite ses bonnes résolutions quand on recommence à gagner.

L'anecdote du jour n'est pas des moindres. À quelques tables de là, Nathan place une préparation dans une Sicilienne contre un jeune Indien classé 2000… et le plie en 20 coups. Tout le clan indien s'agglutine autour de l'échiquier, médusé, convaincu d'assister au sacre d'un génie des ouvertures. Moi, je ris intérieurement : Nathan est, disons-le tendrement, notoirement catastrophique en théorie. S'il a balayé son adversaire en vingt coups, c'est qu'il a récité, ligne pour ligne, une de mes préparations. Le génie des ouvertures, ce jour-là, était surtout un excellent perroquet — et c'est comme ça, ronde après ronde, qu'il finira par placer à peu près toutes mes prépas du tournoi.

Leçon : stopper l'hémorragie ne demande pas un éclair de génie, plutôt le contraire — une position saine, un adversaire qui se trompe de case, et la patience de recalculer vingt minutes une combinaison qu'on a déjà vue. Après deux défaites où j'avais péché par excès d'ambition, ça fait un bien fou de gagner simplement parce qu'on a bien joué et bien calculé.


Ronde 6 — Le piège qui n'a pas mordu

Date : Vendredi 7 août 2026 · Blancs contre Lunin Bohomolets, Iliia (Espagne, 1872) · Nulle

Content d'aller jouer, beaucoup moins content de découvrir l'appariement. En face, un « 1872 » qui vient de laisser 120 points sur un seul tournoi — traduction : un jeune bien plus fort que son classement, du genre à vous accueillir avec une préparation impeccable. Et rien ne m'agace autant que ces gamins parfaitement préparés qui jouent pour la nulle. Toute cette théorie ingurgitée… pour ne rien tenter.

Il sort une Caro-Kann carrée comme un plan de métro, puis enchaîne avec …Ca6 !?, un cavalier qui file par le flanc pour se replanter en c7.

Ronde 6 — le cavalier reroute par a6 vers c7

…Ca6-c7 — je hausse les épaules sur le moment. J'aurai tort.

Sur l'instant, je hausse les épaules : joli, mais anodin. Ce n'est qu'une fois la partie finie que je comprendrai que ce coup est flexible et pose de vrais problèmes concrets — pendant que je jouais, je n'en voyais tout simplement rien. Je comptais échanger ma mauvaise pièce avec Ff4 et me bâtir une structure agréable ; sauf qu'au moment de le faire, les Noirs n'ont déjà plus le moindre souci.

Ronde 6 — il fallait h3, je joue Te1

Un petit h3 gardait le micro-plus. Je joue Te1. Pour aller plus vite. Bravo.

Ici, il faut jouer h3 — tout bête — pour interdire la case g4 à son fou. Sans ça, le fou vient s'y poser et s'échanger contre mon cavalier en e2 : c'est exactement l'allègement dont les Noirs ont besoin, et mon micro-plus part avec. Au lieu de ça, je joue Te1. Pourquoi ? Parce que j'ai voulu jouer vite pour lui mettre la pression à la pendule. Petit détail : mettre la pression de cette façon, je ne sais pas faire. Le résultat ne se fait pas attendre — …Fg4 Fxe2 — les pièces mineures s'échangent, et les Noirs sont très bien.

Je m'entête à croire que ma position vaut mieux que ça, et je gaffe pour de bon.

Ronde 6 — b4 De6 Ff3?? Txd4, je perds un pion

b4, De6, Ff3 ?? — et …Txd4 me tombe dessus. Puni.

b4 De6 Ff3 ?? — et …Txd4 me tombe dessus. Je lâche un pion tout bêtement : la petite paire d'échecs …De1+ puis …De5+ fourche mon roi et ma tour, et je ne récupère plus rien. Voilà comment on transforme une position agréable en corvée, en trois coups joués trop vite.

Sauf que — et c'est ce qui me redonne un peu d'appétit — son pion en plus est un cadeau empoisonné. Ses pions f sont doublés ; cette petite masse informe ne vaut pas grand-chose.

Ronde 6 — les Noirs forcent l'échange des dames

Dames échangées : à partir de là, je respire. Fou contre cavalier, un pion de moins — et serein.

Il force l'échange des dames pour filer en finale. Parfait : dès l'instant où les dames quittent l'échiquier, je suis parfaitement serein. Fou contre cavalier, un pion de moins, et pourtant je sais que je tiens.

Mieux : j'ai un espoir, discret mais bien réel. Si les Noirs transposent dans une finale de pions, c'est moi qui gagne — leurs pions f doublés deviennent alors un boulet, ma structure passe devant, et le gain est élémentaire. Alors je guette le moment où il va, plein de confiance, échanger les dernières pièces pour « convertir son pion »…

Ronde 6 — finale fou contre cavalier, il rate c5

Il ne trouve ni le c5 gagnant, ni le piège de la finale de pions. Nulle.

…mais il reste solide. Il ne trouve pas non plus le …c5 ! qui, lui, lui aurait offert de vraies chances de gain — son …f5 est déjà douteux en pratique, et jamais il ne franchit le pas. La partie s'éteint sur une nulle propre, et mon petit piège de finale de pions repart dans sa boîte, intact.

Leçon : aucune. Et c'est précisément ça, le problème. Pas de grande révélation, pas de faute technique à corriger — juste une journée où j'ai voulu aller trop vite, relâché trois fois de suite l'attention sur des coups « faciles », et fini par quémander une nulle dans une position que j'aurais dû garder confortable. Le genre de partie qu'on oublie… alors qu'on ne devrait surtout pas.


Ronde 7 — S'amuser (à 45 degrés)

Date : Samedi 8 août 2026 · Noirs contre Carrasco Holgado, David (Espagne, 2040) · Victoire

Ce jour-là, une seule envie : m'amuser. Pas de plan de carrière, pas de comptage de points — juste jouer mes échecs et voir ce qui se passe. Alors, avec les Noirs, je décide d'éviter soigneusement toute théorie : 1.e4 e6 2.d4 a6. Oui, …a6. Aucune préparation là-dessous, aucune idée savante — de la pure impro.

Ronde 7 — le français à la a6, une belle française d'avance

…a6 dans le français — improvisé de bout en bout, et pourtant très jouable.

J'obtiens une belle française d'avance. Petit repère amusant qui me revient : le GM Christian Bauer est un spécialiste de cette ligne à …a6. Sauf que Bauer est un joueur d'une créativité redoutable — alors quand c'est lui qui adopte un système, c'est rarement parce que la théorie l'impose. Traduction : la ligne n'a rien d'un mur théorique, je n'ai pas de variante à réciter et je peux jouer la position sur mes propres idées. Exactement ce qu'il me fallait pour une journée sans prise de tête.

Petit détail qui pèse dans la balance : la climatisation de la salle a rendu l'âme. Il fait quarante degrés dehors, et bien quarante-cinq dedans. Rester assis relève de l'exploit — je passe la moitié de la partie à sortir prendre l'air entre deux coups, comme un plongeur qui remonte respirer.

Sur l'échiquier, je tombe sur un coup qui me plaît beaucoup : …c4 !.

Ronde 7 — le très intéressant c4, jeu sur les cases blanches à l'aile dame

…c4 — figer la structure et venir habiter les cases faibles b3, a4, a5.

L'idée me vient d'instinct : figer la structure et venir m'installer sur les cases faibles qu'il laisse derrière — b3, a4, a5. Rien de calculé, juste une intuition qui sent bon.

Puis je me lance dans le coup dont je suis le plus fier de la partie : …0-0-0 !.

Ronde 7 — le fort 0-0-0, Cxg7 est contré par h5 et Tg8

…0-0-0 — gonflé en apparence, mais Cxg7 se heurte à …h5 et …Tg8 !

Roquer du grand côté, ça a l'air gonflé : je laisse g7 en l'air et je pose mon roi du côté où ses pions peuvent venir le chercher. Mais je suis parfaitement serein : s'il se jette sur Cxg7, je réponds tranquillement …h5 et …Tg8 !, et son cavalier se retrouve prisonnier au fond de mon camp. Mon roi, lui, est parfaitement au chaud en b8.

Je peux alors améliorer mes pièces sans me presser, pendant qu'il cherche par où respirer. Il finit par tenter de s'activer en me donnant a5 — un bon essai, honnêtement — mais je ramasse le pion sans état d'âme.

Ronde 7 — Cxa5 gagne le pion, puis on stabilise

…Cxa5 — un pion en poche, et une petite série précise pour tout verrouiller.

Suit une petite série de coups précis pour tout stabiliser : un pion en plus, mes cavaliers vissés sur leurs cases, et une position que je tiens de bout en bout.

Ronde 7 — la conclusion Cc2 pour manger d4

…Cc2 — le cavalier vient croquer d4, et la messe est dite.

La partie se conclut sur …Cc2, qui vient tranquillement croquer d4. Deux pions dans la vue, plus rien à espérer pour lui.

Leçon : aucune grande morale — et pour une fois, c'est parfait comme ça. Je me suis amusé à jouer une structure toute neuve, sans filet, juste pour le plaisir de la découverte, et ça a marché du début à la fin. Parfois, le meilleur plan de tournoi tient en un mot : retrouver pourquoi on aime ce jeu. Même à quarante-cinq degrés, la clim en berne et deux allers-retours par coup pour respirer.


Ronde 8 — Fier de ma position, jusqu'au coup d'après

Date : Dimanche 9 août 2026 · Blancs contre MI Perpinya Rofes, Lluis Maria (Espagne, 2149) · Défaite

Dernière ronde que je disputerai de ce tournoi — je le sais déjà, le travail m'attend et je ne serai pas là demain. En face, un MI espagnol chevronné. Je prépare une structure Boleslavsky, fou en e2, un terrain que je trouve confortable et sain.

Il ne l'entend pas de cette oreille : …Cxd4, puis …g6.

Ronde 8 — structure Boleslavsky, les Noirs jouent Cxd4 et g6

…Cxd4 et …g6 — et c'est là que je vais m'emballer.

Là, dans cette position précise, je fais exactement ce que je ne devrais jamais faire : je tanke 40 minutes parce que e5 me paraît SUPER INTÉRESSANT. En majuscules dans ma tête. Le genre d'euphorie qui devrait allumer un voyant rouge — quand un coup me semble à ce point génial, c'est bien souvent qu'il ne l'est pas. Je le joue quand même, et je lâche un pion au passage.

Ronde 8 — un pion de moins, mais de bonnes compensations

Un pion de moins — mais ses pièces sont emmêlées et j'ai des cases.

Me voilà donc avec un pion de retard, mais de vraies compensations : ses pièces sont un peu empêtrées, mon développement coule tout seul, et je tiens les cases qui comptent — toute la colonne d, plus b6 et c5, avec en réserve un fou qui peut venir en f3 verrouiller la grande diagonale. Sa faiblesse est bloquée net. Je me sens bien.

Alors je construis, patiemment, pièce après pièce : les tours viennent se doubler, le cavalier se met en route vers c5.

Ronde 8 — je construis, le cavalier file vers c5

Tours doublées, cavalier en route vers c5 : la machine se met en place.

Et j'arrive à une position dont je suis très satisfait. Mes tours doublées, mes fous qui respirent, un cavalier vissé en c5 — tout est à sa place.

Ronde 8 — très satisfait, je pèse a4, b4 ou g4

a4 ? b4 ? g4 ? Je choisis le plus brutal des trois.

Je passe un long moment à soupeser mes ruptures. a4 lui créerait des faiblesses en b5 et a6 ; b4 viendrait soutenir mon cavalier monstrueux ; g4, lui, me donne la case d7 — et avec elle la septième rangée, ce qui me paraît franchement décisif. Je prends donc la plus brutale des trois.

Quelques coups plus tard, il faut replacer le cavalier. Deux cases possibles, une seconde de relâchement — et c'est précisément là, au sommet de ma satisfaction, que je m'effondre.

Ronde 8 — la gaffe Cd7 au lieu du parfait Cb7

…et je joue Cd7 ?? — alors que Cb7 était parfait.

Je joue Cd7 ??. Une gaffe pure et bête : j'avais complètement oublié que b6 était sous contrôle, ce qui rendait Cb7 tout simplement parfait. Le bon coup était là, évident, sous mon nez — et je regardais ailleurs. Ensuite il n'y a plus rien à négocier : il échange, puis échange encore, chaque échange me rapproche un peu plus d'une finale dont je ne veux pas, et je n'ai aucun moyen de l'en empêcher. Je glisse dans une finale de tours perdante en voyant venir chaque marche de l'escalier.

Je suis écœuré. Il n'y a pas d'autre mot.

Leçon : deux voyants rouges ignorés dans la même partie. Le premier : quand un coup me paraît SUPER intéressant au point d'y engloutir 40 minutes, c'est rarement bon signe — l'enthousiasme est un piètre juge. Le second, plus cruel : plus une position me plaît, plus je devrais me méfier, parce que c'est exactement au moment où l'on admire sa propre position qu'on cesse de regarder ce que l'autre prépare. Un Cb7 limpide, un Cd7 catastrophique, et tout un beau travail à la benne — la veille de reprendre le chemin du bureau.


Ronde 9 — Celle que je n'ai pas jouée

Date : Lundi 10 août 2026 · Non jouée

Je devais retourner travailler : impossible de rester pour l'ultime ronde. J'étais apparié contre Ravi, Krishna G (Inde, 2072), mais je n'ai pas pris le départ — la ronde est donc comptée comme un zéro au classement. C'est le prix à payer quand le calendrier professionnel rattrape le calendrier échiquéen.


Bilan final

Rd Titre Adversaire Elo Couleur Résultat
1 Navarro Perez, Pere 1963 Victoire
2 Tripulskiy, Mark 1792 Victoire
3 MI Utsab, Chatterjee 2353 Défaite
4 Tiwari, Shivansh 2039 Défaite
5 CM Fernandez-Diaz Mascort, Miquel 1983 Victoire
6 Lunin Bohomolets, Iliia 1872 Nulle
7 Carrasco Holgado, David 2040 Victoire
8 MI Perpinya Rofes, Lluis Maria 2149 Défaite

Score : 4,5 / 8 dans les parties jouées (comptabilisé 4,5 / 9 au classement, la ronde 9 valant zéro). Classement final : 23e, performance Elo 2067, pour un bilan de −14,6 points au compteur FIDE. Quatre parties gagnées, une nulle et trois défaites — dont une seule face à un adversaire réellement plus fort que moi, le MI indien Utsab Chatterjee (2353). Les deux autres revers sont venus de joueurs pourtant classés en dessous de mes 2150. Et cette dernière ronde laissée sur la table pour cause de retour au travail.


Ce que j'en retiens

4,5 sur 8. Sur le papier, c'est correct — une performance à 2067, quelques belles parties, et de vrais moments de plaisir. Mais soyons honnêtes : je repars un peu frustré. Sur mes trois défaites, une seule est vraiment « méritée » — le MI indien de la ronde 3, plus fort que moi, qui a calculé proprement pendant que je m'agitais. Les deux autres, je me les suis offertes tout seul, depuis des positions que j'aimais. Et le pire, c'est que ce ne sont pas des fantômes nouveaux : ce sont exactement les mêmes qu'à Pontevedra.

Voilà ce que je remballe dans la valise :

  1. Canaliser l'ambition — LE chantier. Ronde 3, j'égalise contre le plus fort du tournoi… et je sur-joue une position nulle. Ronde 4, je veux le mater et je saccage un avantage. Ronde 8, je m'admire, et je gaffe le coup d'après. Toujours le même schéma : dès que la position est bonne ou tranquille, je pousse un cran trop loin. Accepter l'égalité, convertir sans forcer — priorité numéro un.

  2. Se méfier de l'euphorie. Quand un coup me paraît SUPER intéressant au point d'y engloutir 40 minutes, ou quand je me sens TRÈS malin, c'est précisément là qu'il faut vérifier deux fois. L'enthousiasme est un piètre conseiller. Mes plus belles victoires (rondes 2, 5 et 7), je les dois à un calcul froid au bon moment, pas à un emballement.

  3. L'endurance, encore et toujours. Mes deux effondrements (rondes 4 et 8) arrivent tard, quand la lucidité lâche : après 4h30 de jeu, ou dans une salle à quarante-cinq degrés, clim en panne. Le corps décide bien plus souvent que je ne veux l'admettre. Même constat qu'à Pontevedra — il faut vraiment que je m'y mette pour de bon.

  4. Le plaisir reste le meilleur carburant. Ma plus jolie partie, la ronde 7, je l'ai jouée juste pour m'amuser, sur une structure improvisée et à moitié douteuse. Quand je joue mes échecs, sans crispation, ça marche. À méditer sérieusement.

Et puis il y a eu Nathan, à quelques tables de là, qui a placé à peu près toutes mes préparations et signé un tournoi superbe — la preuve qu'un bon perroquet doublé d'un bon ami vaut tous les théoriciens du monde.

Score final : 4,5/8, 23ᵉ, et un départ précipité la veille de la dernière ronde, un point laissé sur la table. Décevant par endroits, joyeux par d'autres. Mais tant que je trouverai encore des Cf1 Tg4+ Cg3 Txg3+ Tf1# et des f4 ! qui font mouche, je saurai exactement pourquoi je reviens m'asseoir devant l'échiquier. Ne serait-ce que pour, un jour, apprendre à me taire quand ma position est déjà gagnante.